Projet social

Crèche Franco-Chinoise de l’AFAPE

 

L’association A.S.L.C. (Assistance Scolaire Linguistique et Culturelle), créée en 1996, mène depuis de nombreuses années des actions visant une meilleure intégration des populations d’origine chinoise venant de Chine continentale.

 

L’alphabétisation des primo-arrivants, l’assistance administrative aux familles chinoises, le soutien scolaire d’élèves sinophones, forment un ensemble cohérent permettant à ces populations de mieux s’intégrer à la société française, tout en respectant leurs spécificités culturelles.

 

Les conditions dans lesquelles ces familles font aujourd’hui garder leurs jeunes enfants ont attiré l’attention de l’association qui a informé les pouvoirs publics de cette situation. Les conditions de garde ne répondent ni aux normes d’hygiène et de sécurité actuellement en vigueur en France, ni à une volonté réelle d’intégration. En effet des crèches « sauvages » font baigner les enfants dans un climat très sinisé qui constitue plus tard un frein à l’intégration, notamment à l’école. Ces crèches « sauvages » sont également une source d’encouragement à la présence illégale sur le territoire français de femmes employées comme « nounous » par la communauté.

 

Ces familles, peu en contact avec les administrations françaises, se tournent vers nous pour que nous puissions améliorer le sort de leurs enfants. La mise en place de crèches collectives à destination des populations asiatiques des 10ème, 11ème, 18ème, 19ème et 20ème arrondissements permet de pallier les inconvénients de la situation actuelle.

 

L’ouverture des crèches vient en complément des actions de l’association. Elle renforce les contacts déjà établis avec les familles.

Une structure destinée à l’accueil des petits se doit d’occuper des locaux répondant aux normes et d’accueillir du personnel en accord avec la législation en vigueur en France. Aujourd’hui ces deux aspects ne sont pas respectés au sein de la communauté chinoise ce qui met ces enfants dans une situation à risques.

 

L’association a entrepris des recherches côté chinois pour trouver et former du personnel : elle a mis en place une préformation de nombreuses femmes depuis février 2000. Cela consiste, outre les cours classiques d’alphabétisation, à initier ces femmes chinoises à la puériculture pour que le maximum d’entre elles puisse avoir à terme une qualification.

 

L’association participe aussi à des programmes européens visant à la pré-qualification de ce public.

 

Le but d’une telle préformation est de pouvoir intégrer aussi une partie de la population chinoise féminine régularisée, mais vivant toujours en cercle fermé, dans la société française.

 

Cela permet enfin de sensibiliser les femmes à d’autres choix professionnels que les filières classiques, telles que la confection, la maroquinerie ou la restauration. L’éventail de choix professionnels qui s’offre à elles est extrêmement restreint : travaillant en milieu fermé exclusivement chinois, les femmes ne peuvent améliorer leur niveau de langue.

 

A travers le modèle de ces « femmes relais » sensibilisées désormais aux métiers de la petite enfance, les femmes chinoises pourront s’orienter vers d’autres carrières et se former à un diplôme par le biais de la Validation des Acquis d’Expériences (VAE). Le besoin de personnels qualifiés d’origine chinoise pour s’occuper d’enfants à Paris se fait de plus en plus sentir.

 

Concernant le personnel francophone, l’association se chargera de le former sur les principaux aspects culturels et relationnels qu’il devra intégrer dans sa pratique professionnelle pour accueillir au mieux les enfants de culture asiatique.

 

 

Présentation du contexte

 

A. La communauté Wenzhou de Belleville.

 

La communauté chinoise de France est aujourd’hui la plus importante d’Europe, avec environ 250 000 personnes qui résident en Ile-de-France.

 

Les premiers Chinois arrivés en France sont ceux que le gouvernement français est allé chercher dans le district de Wenzhou par l’intermédiaire d’un bureau de poste où se trouvait une antenne de recrutement franco-anglais. Ils ont été 100 000 à participer à l’effort de la première guerre mondiale comme « coolies ». Après la guerre, quelque 3000 à 5000 personnes se sont établies à Paris, et ont commencé à faire venir leurs familles.

 

Il s’agit d’une migration régionale, rurale, entre la province du Zhejiang (située au sud de la Chine à 400 kilomètres de Shanghai), plus précisément de la région de Wenzhou, et l’Ile-de-France. Il faut savoir que certaines bourgades de Wenzhou, telles que Li ao, Wen cheng se sont entièrement dépeuplées au profit de l’Ile-de-France. Ne résident plus là-bas que les personnes âgées et les enfants !

 

Ce flux migratoire, lancé en 1914, a réellement pris son essor dans les années 80 avec une population de Wenzhou qui atteindrait actuellement 150 000 personnes.

 

Ils constituent aujourd’hui le groupe de primo-arrivants le plus important en France avec entre 5 000 et 15 000 nouveaux émigrés chaque année.

 

Ces Chinois de Wenzhou résident pour la plupart dans le 3 ème arrondissement parisien et dans le quartier de Belleville.

 

Beaucoup décident, après quelques années passées sur le territoire français, de s’installer en banlieue, principalement dans le 93 (à Aubervilliers, Bobigny, La Courneuve ) où le prix des loyers reste abordable.

 

Attirés par le mythe de l’eldorado français, beaucoup de Wenzhou arrivent en France par des réseaux clandestins alimentés par les passeurs. Le tarif du passage oscille entre 1200 € et 21000 €, en fonction du mode de transport utilisé et du nombre d’intermédiaires concernés. Dans le meilleur des cas, il leur faut au minimum trois/quatre ans de travail forcené pour s’acquitter de leur dette.

 

Il existe donc un décalage énorme entre l’image de la France véhiculée en Chine et la réalité de vie dans l’Hexagone pour des immigrés en situation irrégulière ! Ils savent avant de partir que la vie en France ne sera pas facile mais aucun n’imagine la réalité qui les attend sur place. Une fois arrivés, la déception est grande mais c’est déjà trop tard : il faut rembourser la dette avant de songer à repartir.

 

Pour les Chinois qui vivent en France, les difficultés d’adaptation sont multiples, tant d’un point de vue linguistique que culturel. En effet, même après un long moment passé en France, les Chinois, du fait de leurs situations précaires, n’ont que peu de temps pour apprendre la langue française. Après avoir passé douze heures devant une machine à coudre, il est difficile d’être dans de bonnes dispositions intellectuelles pour apprendre. Ecrasés par le poids de la dette, leur priorité est au remboursement. D’autre part, l’immigration étant principalement rurale, les Wenzhou n’ont pas un niveau scolaire très élevé (le plus souvent collège). La langue française se révèle un véritable casse-tête pour eux !

 

Les familles chinoises qui ont pu être régularisées par le biais de la circulaire Chevènement l’ont souvent été grâce à un enfant né en France.

 

Les Wenzhou n’ont en général pas rompu avec leur pratique locale de travail dans la confection, la restauration ou la maroquinerie. Au domicile ou au travail, les jeunes mères sont souvent contraintes de garder leurs enfants à proximité de la machine à coudre.

B. La place de la petite enfance dans cette communauté.

 

En ce qui concerne le mode de garde de leurs enfants, peu de choix satisfaisants s’offrent aux familles.

 

Certaines renvoient chez leurs propres parents, en Chine, leur enfant né en France durant les premières années de vie, car les horaires et les conditions de travail ne leur permettent pas de le garder auprès d’elles. Le retour en France de l’enfant est alors très mal vécu par ce dernier et les difficultés d’intégration n’en seront que plus importantes surtout lors de son entrée à l’école maternelle.

 

Traditionnellement, dans la famille chinoise, les jeunes enfants sont confiés jusqu’à l’âge de six ans aux grands-parents paternels. Les enfants occupent une grande place dans le coeur de leurs parents, d’autant plus forte qu’ils sont considérés comme les bâtons de vieillesse sur lesquels s’appuieront leurs parents.

 

Faute de pouvoir faire venir les grands-parents, la famille chinoise, si elle est un peu aisée, va aussi recourir au service d’une « nounou femme à tout faire » qu’elle abritera de manière clandestine durant toutes les années de garde du jeune enfant. Ces dernières années, on assiste à l’arrivée des Chinois du nord-est, les Dongbei, dont les femmes se retrouvent souvent nourrices pour les enfants wenzhou.

 

Si elle est moins aisée, la famille se tournera vers les crèches sauvages qui fleurissent à Belleville. Les tarifs restent prohibitifs : un minimum de 500 € par mois est exigé. De plus, les parents ne voient leurs enfants qu’une journée par semaine ! Ces derniers sont en effet accueillis, du lundi au samedi, au domicile de la nounou. Par groupe de dix environ, petits et grands sont mélangés, dans des conditions d’hygiène et de sécurité sans rapport avec les habitudes et les conditions sanitaires en usage en France.

C. Les crèches existantes : offre et demande.

 

Les Chinois résidant dans les arrondissements de Belleville nous ont sollicités en 1998 pour créer une structure susceptible d’accueillir leurs enfants pendant leurs journées de travail.

 

L’association a alors réalisé une enquête de terrain la même année : il est apparu que seulement 2,5 % des familles chinoises fréquentaient les structures d’accueil municipales du quartier de Belleville, tous établissements confondus (crèches collectives, haltes-garderies, mini-crèches.).

 

Faute de structure de garde, l’enfant est souvent, en dernier recours, renvoyé quelques années en Chine avant sa scolarisation définitive en France.

 

La situation actuelle en 2003, en ce qui concerne les modes de garde pour les familles chinoises n’a guère évoluée depuis.

D. Le local et son environnement.

 

Les locaux, à côté des écoles Tongji de l’association, sont situés pour l’un près de République, dans le 10 ème arrondissement de Paris au 5 rue Yves Toudic, et pour l’autre près de Stalingrad dans le 19ème arrondissement de Paris au 12 rue Bellot. Il est important que de telles structures soient proches du domicile ou du lieu de travail des parents.